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Pas de révolution avec Sauli Niinistö

Par Kyösti Karvonen, février 2012

Photo: Antti Aimo-Koivisto/LehtikuvaSauli Niinistö avec des supporters dans un centre commercial de Tampere une semaine avant le second tour de la présidentielle.

A la suite de la victoire à la fois éclatante et attendue de Sauli Niinistö aux élections présidentielles finlandaises, Kyösti Karvonen, rédacteur en chef du journal Kaleva, évoque ce à quoi l’on peut s’attendre dans les six prochaines années.

Même pour un début février en Finlande, le temps était carrément froid en ce dimanche soir. Aussitôt entré dans la toute nouvelle Maison de la Musique d’Helsinki, partiellement reconvertie en QG des médias pour la durée des élections présidentielles, Sauli Niinistö fut conduit sur le plateau d’une émission de télévision en direct.

« Il n’y a pas eu de révolution, et il n’y en aura pas non plus dans l’avenir », déclara Niinistö. Au soir du 5 février 2012 et de son imposante victoire au second tour des élections, ces mots furent parmi les premiers commentaires du président finlandais élu, et il est fort probable que cette déclaration résumera tout aussi bien son mandat de six ans.

A son entrée en fonction en mars, le douzième président de la République finlandaise entamera sa présidence avec un discours d’investiture très attendu devant le Parlement. Il semble qu’il ne faille pas s’attendre à des changements majeurs dans la politique étrangère et de sécurité finlandaise ni dans un proche avenir, ni même ultérieurement : même si quelques nuances ou un infléchissement du style personnel peuvent apparaître, l’essentiel de la politique du pays restera largement inchangée.

Selon les usages établis, les premières visites d’Etat qu’effectuera Niinistö au lendemain de sa prise de fonction seront pour la Suède, l’Estonie et la Russie, tandis que les supputations suivent leur cours sur la date à laquelle le président pourrait être reçu à la Maison Blanche.

Parmi les tâches les plus urgentes qui l’attendent, Niinistö aura à mettre tout son poids dans la balance pour soutenir les efforts de lobbying de la Finlande visant à l’élection du pays comme membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, ce pour une période de deux ans à compter de 2013 : la Finlande est en effet en compétition avec l’Autriche et le Luxembourg pour deux sièges à pourvoir à New York au sein du groupe des pays occidentaux et autres.

Un mandat fort mais des pouvoirs limités

Photo: Antti Aimo-Koivisto/LehtikuvaCliquer pour agrandir
Quelques jours à peine après avoir été élu président, Sauli Niinistö et son épouse Jenni Haukio assistent à la cérémonie d’ouverture de l’année parlementaire.

En recueillant 62,6% des suffrages, Niinistö (Parti de la Coalition nationale) s’est vu confier un mandat fort par le corps électoral finlandais. Son avance sur son challenger surprise Pekka Haavisto (Parti des Verts) a été la plus forte depuis l’instauration en Finlande du mode de scrutin actuel en 1994. En un sens, le choix populaire vient contredire la récente modification de la Constitution finlandaise, avec les prérogatives réduites désormais réservées au président de la République, même si les Finlandais ont plutôt tendance à considérer leur président comme une sorte de figure de monarque dont le rôle est de se tenir au-dessus de la mêlée et de faire contrepoids aux querelles politiciennes.

Aux termes de la Constitution légèrement remaniée qui entrera en vigueur en même temps que Niinistö prendra ses fonctions, la politique étrangère et de sécurité reste dirigée par le président, auquel il appartient pour ce faire d’agir en coopération avec le gouvernement.

Le législateur a souhaité introduire cette formulation afin de signifier que les relations bilatérales avec la Russie, les Etats-Unis, la Chine et les pays hors UE continuent de relever partiellement de la compétence du président de la République, tout comme les relations avec les institutions internationales telles que l’ONU.

La Constitution remaniée prévoit dans une certaine mesure une réduction des pouvoirs présidentiels, y compris en matière de politique étrangère et de sécurité. Si le président et le gouvernement ne s’accordent pas sur tel ou tel dossier, le gouvernement est en droit de soumettre la question au vote du Parlement : il en découle donc que, muni du feu vert parlementaire, le gouvernement peut passer outre un veto présidentiel. Cependant, en pratique, il est peu probable qu’une situation aussi extraordinaire se produise.

Le président est par ailleurs le commandant suprême des forces armées : à ce titre, il désigne les hauts responsables de l’armée et assume un rôle clé dans la décision d’envoyer des troupes finlandaises sur des théâtres d’opérations en cas de crise militaire. Quant aux pouvoirs présidentiels en matière de politique au jour le jour, ils sont limités et n’existent essentiellement que pour la forme.

Un parcours personnel particulièrement formateur

Photo: Sari Gustafsson/LehtikuvaCliquer pour agrandir
Niinistö en pleine conférence de presse le lendemain de son élection.

L’élection de Niinistö correspond à une première dans l’histoire de la vie politique finlandaise : jamais encore le Parti de la Coalition nationale, classé comme modéré et conservateur, n’avait tenu conjointement la présidence de la République et le poste de Premier ministre.

Par principe, Niinistö renoncera à sa carte de membre de son parti au moment d’entamer son mandat présidentiel comme le veut l’usage pour le président élu en Finlande. Qui plus est, le nouveau chef de l’exécutif finlandais avait déjà entrepris de prendre ses distances avec son parti plusieurs années avant ces élections, peut-être d’ailleurs pour des raisons de stratégie de campagne électorale. Connu comme un esprit libre, Niinistö est aussi un orateur aux discours particulièrement nuancés et un supérieur réputé exigeant.

Avant toute autre explication, le score important de Niinistö aux élections doit s’analyser au regard d’une popularité personnelle jamais démentie avec le temps et dont l’origine remonte à plus d’une dizaine d’années. Même si les observateurs l’avaient un temps donné gagnant aux présidentielles de 2000, il abandonna alors la course au dernier moment ; quant aux élections présidentielles de 2006, il ne les perdit que d’un cheveu face à Tarja Halonen, candidate à sa réélection. En d’autres termes, Niinistö n’a cessé ces dernières années d’apparaître comme une sorte de président en puissance.

Quant à l’histoire personnelle de Niinistö, elle n’est pas exempte d’événements tragiques, puisqu’il perdit son épouse dans un accident de voiture en 1995 ; puis en 2004, alors qu’il se trouvait en vacances avec ses deux fils en Thaïlande, il fut pris dans la tragédie du tsunami, échappant de justesse à la mort en restant accroché plusieurs heures à un poteau téléphonique avec son plus jeune fils, tandis que l’aîné s’était réfugié sur le toit d’un hôtel. Pendant ce temps, la mer avait emporté toutes les affaires personnelles de la famille, ce qui fait que Niinistö dut revenir en Finlande vêtu d’un simple peignoir. A en croire la mère du président élu, son fils est un autre homme depuis cette épreuve.

Le signe d’une mutation

Photo: Sari Gustafsson/LehtikuvaCliquer pour agrandir
La présidente sortante Tarja Halonen (au centre) reçoit Sauli Niinistö pour lui faire visiter la résidence officielle de Mäntyniemi à Helsinki sous le regard de leurs conjoints Jenni Haukio (à g.) et Pentti Arajärvi.

L’élection de Niinistö marque la fin d’une période de trente ans pendant laquelle les Sociaux-démocrates ont occupé le fauteuil présidentiel finlandais, tandis que la poussée de Pekka Haavisto jusqu’à figurer au second tour de l’élection fut elle aussi une première : le candidat des Verts est devenu le premier responsable politique de ce parti à aller aussi loin dans une présidentielle, sans compter qu’il fut aussi le premier candidat à cette élection à se déclarer ouvertement homosexuel. On notera par ailleurs que Ville Niinistö, le neveu du président élu, dirige en ce moment le Parti des Verts tout en étant titulaire du portefeuille de ministre de l’Environnement dans le gouvernement.

La victoire électorale de Sauli Niinistö est un nouveau signe de la montée en puissance du courant conservateur en Finlande, l’influence du Parti de la Coalition nationale, détenteur des principaux portefeuilles ministériels, étant appelée à se renforcer encore avec la nomination prochaine à Bruxelles d’un commissaire européen issu des rangs du parti.

Tout en étant juriste de formation, Niinistö est essentiellement rompu aux questions de politique économique grâce à un parcours où il fut en particulier ministre des Finances et vice-président du conseil d’administration de la Banque européenne d’investissement à Luxembourg. Il a par ailleurs exercé pendant plusieurs années une activité bénévole au sein d’organismes reconnus d’utilité publique, s’illustrant également en tant qu’auteur avec deux livres publiés.

Agé de 63 ans, il est marié à Jenni Haukio, 34 ans, chargée un temps des relations de presse du Parti de la Coalition nationale, ce poste se trouvant désormais vacant. La future première dame de Finlande est elle aussi un auteur publié avec trois recueils de poésie à son actif. Madame Niinistö avait par ailleurs occupé plus récemment les fonctions de responsable de la programmation au Salon du Livre de Turku.

 

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