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Vie & société

Arkki

Par Jean Pierre Frigo, septembre 2008

Photo: Arkki
Initiative décoiffante et totalement unique en son genre, Arkki est une école d’architecture pour jeunes de 3 à 19 ans. Arkki se situe à Kaapelitehdas, dans les faubourgs Ouest d’Helsinki.

Kaapelitehdas (l’usine à câbles) est un ancienne fabrique du site industriel de Ruoholahti. De friche industrielle, Kaapelitehdas s’est transformée en un vaste espace culturel abritant un grand nombre de clubs, d’associations et d’écoles.

Kaapelitehdas (l’usine à câbles) est un ancienne fabrique du site industriel de Ruoholahti. De friche industrielle, Kaapelitehdas s’est transformée en un vaste espace culturel abritant un grand nombre de clubs, d’associations et d’écoles.

Parmi ces dernières Arkki permet à des enfants, dès l’âge de 3 ans de suivre des cours d’architecture et ce jusqu’à l’âge de 19 ans, année du bac en Finlande. Fondatrice d’Arkki et actuelle directrice, Pihla Meskanen est diplômée de l’université d’architecture d’Helsinki (SAFA). Pihla règne sur les locaux d’Arkki à Kaapelitehdas, un espace de 300 m2 divisé en trois parties. Les premiers cours d’Arkki ont débuté en 1993, organisés par Pihla, sa mère, Tuuli Meskanen, et une consœur, Minna Vuorinen.

“Quand nous avons démarré nous n’avons eu qu’une vingtaine d’étudiants alors que maintenant nous en sommes à 300 enfants par semaine. Et de plus en plus d’enfants désirent participer à nos cours sur l’architecture et l’environnement ce qui nous permet de penser que nous avions raison!”

L’enseignement dispensé à Arkki comprend également des cours de sculpture et de design. Selon Pihla tant que l’architecture sera exclue du système scolaire finlandais, Arkki aura sa raison d’être: “Si un jour des cours d’architecture sont inclus dans notre enseignement alors l’expérience que nous, à Arkki, aurons accumulée au cours de toutes ces années n’en sera que plus précieuse afin d’enseigner à des enfants les problématiques tournant autour de l’architecture, de l’écologie et du développement durable”, poursuit-elle.

L’architecture suggérée

En acceptant des enfants aussi jeunes, Arkki se doit de faire participer les parents ou les familles aux cours (voir I’interview de Rauni Kolehmainen). “Les parents accompagnent leur progéniture et cela leur permet d’apprendre quelque chose de nouveau par la même occasion!”, se réjouit Pihla Meskanen.

Les jeunes Finlandais ont souvent toutes sortes de hobbies, que ça soient des cours de natation ou des leçons de musique et de chant: “Pour ce qui touche à l’architecture, il me semble que les parents qui viennent ici la voient plutôt comme moyen de développer la sensibilité à l’espace, de stimuler la créativité et, plus généralement, comme moyen d’appréhender notre environnement.

Au final notre enseignement permet aussi de développer les dons manuels des enfants puisqu’ils construisent de leurs propres mains des modèles réduits d’objets et de bâtiments”, précise Pihla Meskanen. Curieusement, afin de ne jamais stresser les enfants, l’enseignement donné à Arkki ne met jamais en avant l’architecture. L’architecture n’est que suggérée, sous-entendue. Ainsi les petits garçons sont-ils amenés à construire eux aussi des maisons de poupées, ce qu’ils ne feraient jamais autrement car ils considèrent cette activité comme étant réservée aux filles.

Chaume et peinture rouge-sang

L’été arrivé, Arkki sort de Kaapelitehdas et emmène ses élèves pour des camps-séjours “de construction” en plein-air, dans la forêt finlandaise. Là, la principale tâche consiste à concevoir sa propre hutte: “Nous essayons de tirer le maximum de l’été finlandais et de notre magnifique nature pour emmener nos élèves de 5 à 15 ans se familiariser avec les méthodes de construction les plus diverses et de diverses cultures”, explique Pihla Meskanen. A commencer par la Finlande: lors de ces camps d’été trois cursus d’Arkki permettent d’enseigner trois modes de construction traditionnels en Finlande: le toit de chaume, le toit de tuiles plates en bois et la peinture naturelle en ocre-rouge, rouge-sang, passée sur les murs extérieurs des maisons en bois à la campagne, procédé très courant dans toute la Scandinavie.

A Arkki on peut aussi s’initier à la tapisserie sur métiers horizontaux, une autre méthode ancestrale pratiquée en Finlande depuis la nuit des temps et qui fait usage de fibres végétales. “Lors de nos camps d’été on construit en grandeur réelle, à l’aide de vrais matériaux. Cette idée permet de concevoir des constructions en harmonie avec le milieu naturel. A notre époque où l’on utilise l’ordinateur à tout-va, construire “pour de vrai” , en utilisant les mains, laissera dans la mémoire des jeunes le souvenir d’une expérience unique”, prétend Pihla Meskanen. Au surplus, les enfants doivent aussi construire tous ensemble, collectivement, et réaliser qu’ils ont besoin les uns des autres pour parvenir à édifier leur hutte, une autre expérience-clé dans leur développement, selon Pihla.

Dissémination d’une sensibilité

Participer à ces camps sensibilise naturellement les enfants à l’architecture et au patrimoine culturel finlandais. Réputation des grands architectes finlandais aidant, on pourrait croire que la Finlande incarne une sorte de “Terre Promise de l’architecture”.

Pourtant selon Pihla il n’en est rien. Elle rétablit une vérité que les Finlandais n’aiment pas toujours entendre: “En réalité, nous sommes loin d’une situation idéale ici en Finlande. Il existe deux courants opposés, pour et contre le respect pour l’architecture et les architectes n’étant pas toujours à la hauteur dans notre pays”, déclare Pihla Meskanen.

En revanche, Pihla s’affirme persuadée que l’opinion publique internationale plaçant très haut l’architecture et les architectes finlandais constitue un contrepoids très important, une “masse critique”, selon elle, probablement plus opérante que la population de Finlande. “Éduquer nos enfants à l’architecture contribue à hausser le niveau de compréhension de l’environnement dans lequel on vit et crée l’exigence de vivre dans un environnement toujours meilleur.”

Dans ce sens Pihla révèle que sur les quelques 1500 élèves qu’elle a vu passer à Arkki en 15 ans, seulement une quinzaine ont entrepris des études d’architectures. Mais, pour elle, les 1400 et quelques disséminés dans la société finlandaise et qui font autre chose de leur vie représentent un élément extrêmement positif, une sensibilité fondue dans une société.

Futur

Jusqu’ici, en dépit de son succès croissant Arkki est parvenu à prendre tous les enfants intéressés dans son enseignement. Seules l’entrée dans la première classe, le groupe des 3-4 ans, pose problème: “Pour une raison que je n’arrive pas à m’expliquer ce cours continue à être le plus voulu et nous avons dû refuser déjà des demandes d’inscription”, déplore Pihla. Arkki fonctionnant six jours sur sept, avec actuellement 300 étudiants par semaine, les locaux de Kaapelitehdas commencent à être insuffisants:

“Heureusement, nous organisons des cours également dans les deux grandes banlieues d’Helsinki, Espoo et Vantaa, et là il y a encore de la place”, annonce Pihla.

Interview de Rauni Kolehmainen, maman de deux jeunes élèves d’Arkki.

Mère de deux enfants, Katri 11 ans et Pietu 7 ans, Rauni Kolehmainen réside à Helsinki. Ingénieur en BTP, elle a inscrit ses deux enfants à Arkki.

Comment avez-vous eu l’idée d’inscrire vos enfants à Arkki?

Rauni Kolehmainen: Katri a débuté à Arkki à l’âge de 6 ans. J’avais vu une annonce dans le journal et ai décidé d’essayer. Comme Pietu avait alors 2 ans je l’ai emmené avec nous aux séances d’Arkki. Très sympa, Niina Hummelin, le professeur de Katri, a fait en sorte que Pietu puisse aussi suivre les cours comme les autres élèves, même s’il était très petit. Et maintenant, Pietu en est à sa quatrième année à Kaapelitehdas.

Quant à moi, étant ingénieur dans le domaine de la construction je m’intéresse naturellement à l’architecture. C’est devenue une sorte de hobby pour moi. Avec mon mari nous avons fondé une entreprise, un atelier d’engineering et nous concevons toutes sortes de “constructions métalliques” pour les plus grosses compagnies de BTP finlandaises. Ce qui veut dire que nous parlons architecture tous les jours. Et nos gosses ont grandi dans cette atmosphère constructive.

Comment Katri et Pietu ont réagi? Qu’est-ce qui les a intéressé à Arkki?

Qu’est-ce qui a fait qu’ils ont continué? RK: Mes deux enfants ont été l’un comme l’autre et dès le départ très enthousiasmés par Arkki. Les locaux et classes de l’école sont faits pour des enfants avec toutes sortes d’outils et de structures mis à leur disposition. Pour un gosse c’est aussi très exaltant de construire avec ses mains avec toutes sortes de matériaux.

Parce que quels que soient les matériaux dont vous disposez à la maison vous n’en aurez jamais autant qu’à Arkki où tous les matériaux sont utilisables et “jouables”. De plus, ce qui leur est demandé à Arkki est toujours faisable, logique ce qui a considérablement éveillé la créativité de mes enfants. Ils ont chaque fois montré une grande impatience, un grand enthousiasme à démarrer le projet qu’on leur demandait.

La chose qui m’a le plus étonnée? Leur côté jamais fatigués d’Arkki car, inutile de vous dire qu’à cause de ça nous avons dû refuser d’aller à pas mal de réceptions, mon mari et moi-même pour permettre aux enfants d’aller à leur soirée Arkki.

Quant à eux, iIs ont aussi dû faire un choix entre Arkki et leurs autres hobbies. Et ils ont toujours préféré aller à Arkki. Après ces années où vos enfants ont fréquenté Arkki avez-vous vu remarqué s’ils regardent leur environnement d’une autre façon? C’est évident: je me suis aperçu que la fréquentation d’Arkki leur a permis de devenir extrêmement créatifs et très conscients de leurs capacités manuelles.

Ces enfants n’ont également aucune retenue pour travailler tous les matériaux imaginables. Enfin, ils ont appris à écouter les professeurs quand ils leur expliquent ce qui va suivre. Pourtant - et c’est une bonne chose - ils n’essayent pas d’être absolument parfaits dans ce qu’ils réalisent. Il me semble que la créativité c’est justement ça! Ils ont déjà participé à d’importants projets comme celui de Hernesaari, un projet d’urbanisme pour le Sud d’Helsinki, la réhabilitation d’une friche industrielle.

Pour débuter ce projet, on leur a demandé de dessiner, de concevoir leur propre lit. Ensuite on est passé au plan de leur maison, puis à celui de la rue de leur maison et, étape après étape, on en est arrivé à la conception du quartier d’Hernesaari, de la ville. Il va de soi qu’une telle démarche les pousse à approfondir leur perception de l’environnement. Sinon, j’ai également remarqué qu’ils regardent de plus en plus fréquemment les maisons et immeubles et qu’ils me disent ouvertement lesquels leur plaisent et ceux qu’ils trouvent peu réussis.

Est-il envisageable qu’ils se lancent un jour dans des études d’architecture et deviennent architectes?

RK: Katri a déjà déclaré qu’elle veut devenir ingénieur-architecte quand elle sera grande. Pietu, lui, se voit plutôt en inventeur! Mais il est tout-à-fait possible qu’ils en arrivent à concevoir des bâtiments. Personnellement, étant gosse, j’aurais moi-même adoré fréquenter une école comme Arkki. Mais, à l’époque, ce n’était même pas imaginable!

Et je dessine continuellement des plans de bâtiments et j’ai étudié à Arkki pendant cinq ans avec mes gosses puisqu’il faut obligatoirement un adulte pour les conseiller au niveau des premières classes. Je pense maintenant que j’ai voulu leur donner une opportunité de percevoir l’importance de l’univers de l’architecture. Katri veut étudier à Arkki le plus longtemps possible.

Liens : (en anglais)

Arkki
Kaapelitehdas

 
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